Editorial de Nicolas Bay, co-président du groupe ENL, paru dans « La lettre du Groupe Europe des Nations et des Libertés » du 11 février 2019. Pour recevoir les lettres du groupe : cliquez ici

Le projet de fusion des deux entreprises a reçu un coup d’arrêt mercredi 6 février avec le véto de la Commission européenne. D’un point de vue strictement français, c’est une bonne nouvelle car ce projet déséquilibré aurait abouti à l’absorption du français Alstom par l’allemand Siemens. Pour comprendre ce déséquilibre, il faut se rappeler la grande faute politique de Macron lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Élysée : la vente de la branche énergie d’Alstom à l’américain General Electric qui a fait perdre son indépendance à notre filière nucléaire, civile et militaire. Or l’argent de cette vente, au lieu d’être réinvesti dans la branche transport d’Alstom, fut alors versé aux actionnaires…

Cependant, d’un point de vue européen, ce véto est aussi une mauvaise nouvelle. La Commission a rendu son verdict au nom de la « concurrence libre et non faussée », un des dogmes de l’UE. Or l’industrie européenne du rail est aujourd’hui soumise à la rude concurrence du canadien Bombardier et plus encore à celle, croissante, du géant chinois CRRC. Ce dernier gagne du terrain sur notre continent, tout particulièrement en Europe centrale.

En octobre 1997, le traité d’Amsterdam abrogeait l’article 44-2 du traité de Rome qui prévoyait « le développement d’une préférence naturelle entre les États membres ». Ladite préférence concernait essentiellement les produits agricoles. Au lieu de l’abroger, il aurait fallu la renforcer et l’étendre aux produits industriels, de sorte que les Tchèques soient encouragés à acheter français plutôt que chinois.

Aujourd’hui, en raison du dogmatisme et du court-termisme des dirigeants européens, nos industriels sont entre le marteau américain et l’enclume chinoise, entre deux empires qui poursuivent des stratégies de long terme.

Hélas, l’Union européenne montre tous les jours son impuissance face à l’extraterritorialité du droit américain, véritable arme de guerre économique, mais aussi face au dumping d’une industrie chinoise ultrasubventionnée.

 

Nicolas Bay
Co-Président du groupe Europe des Nations et des Libertés

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